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  #Cordoba#Jésuites#46km  

Après 24h de bus et un nouveau passage de douane pour le moins sportif, nous arrivons à Cordoba, ville située au beau milieu de l'Argentine. Halte de 2 jours histoire de couper le trajet jusqu'à Buenos Aires, nous débarquons à l'aube au terminal de bus puis à l'auberge.

 

1,5 million d'habitants

Nous qui nous attendions à une petite ville au centre historique classé et aux alentours paisibles, on apprend grâce au Routard quelques heures avant notre arrivée que Córdoba, aussi appelée la Docte, est en fait la deuxième ville d'Argentine. Rien que ça.
Le blog qui nous avait donné envie de venir ne donnait pas cette impression et on passe de petite ville à mégalopole. En fait c'est tout à fait surmontable, on est logées à deux pas du centre historique où l'on s'apprête à passer la journée. L'atmosphère est plus respirable qu'à Buenos Aires, on sent ce bon air de ville provinciale étudiante.

Le soleil brille et après avoir pris le temps d'avaler un café ou thé, on part arpenter les rues. On a 2h devant nous avant une visite guidée de la ville, de quoi prendre possession du centre ville classé patrimoine mondial de l'Unesco.
Pendant cette matinée de visite, seules ou en groupe, nous parcourons la Plaza San Martin, visitons le Cabildo, plusieurs églises, la cathédrale, l'enceinte coloniale, la crypte jésuite... Seule frustration, le musée des droits humains est en travaux et n'a pas rouvert ses portes début avril comme prévu.
C'était l'occasion de creuser le sujet "Desaparecidos". "Disparus" pour les non hispanophones. 30 000 personnes tout de même. Envolés. Plouf. Le temps d'une dictature. Dans les années 70. 30 000 qui pour des raisons falasieuses se sont vues arrachées à leur famille.

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Mères des disparus

Tous les jeudis depuis 40 ans se réunissent sur la place principale de Cordoba, plaza San Martin, les mères de ces disparus. Au départ elles réclamaient le retour de leur progéniture, elles ont ensuite réclamé des explications, pour finalement se réunir pour ne plus oublier. Pour ne pas que ça recommence.
Parmi les personnes enlevées, torturées puis envolées, des femmes, enceintes, qui ont donné naissance à des enfants en geôle. Enfants qui ironie du sort étaient souvent placés dans de riches familles militaires proches du gouvernement. Ou placés à l'assistance publique.
Ces grand-mères réclament donc aussi de connaître leur descendance. 250 personnes ont ainsi pu être retrouvées. Le gouvernement met désormais à disposition des personnes intéressées des tests ADN pour faciliter les recherches. Petits enfants qui ont aujourd'hui une quarantaine d'années...

Durant nos déambulations on se laisse guider dans les rues, on se laisse porter à travers la foule. Une odeur de pop corn à gauche, d'amandes grillées à droite, un groupe d'étudiants insouciant faisant la queue pour le déjeuner, des vendeurs de chaussettes par dizaines (un mois qu'on se demande pourquoi ils vendent tous des chaussettes dans la rue dans ce pays), des voitures en grand nombre mais qui s'arrêtent pour vous laisser traverser. Des vieux, des jeunes, des boiteux, des argentins, des étudiants. Tout cela forme un joli tout. On aime beaucoup.

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La ville est très fière de son Histoire. Rivale directe de Buenos Aires avec qui il a fallu à maintes reprises se disputer des droits et responsabilités, la ville jouit néanmoins d'une douceur de vivre que nous n'avions pas rencontrée dans la capitale.
Nous passons la fin d'après-midi à traîner dans les rues, au soleil, à nous balader. La fatigue du trajet finit pas se faire sentir et nous regagnons nos pénates moins tard qu'à l'accoutumée pour une soirée au calme.
Demain sera un autre jour et nous aurons encore le temps de fouler les pavés le temps d'une journée..

 

100 ans et toutes ses dents

Avant de sortir de la ville pour l'après-midi, direction la fameuse faculté fondée par les jésuites. Hier nous étions lundi, impossible de la visiter mais il était difficile de passer à côté de ce haut lieu de culture, emblématique de la fondation de la ville.
Avec quelques 160 000 étudiants et 8 universités, 12 % de la population locale soit l'un des taux les plus élevés au monde, la fac fait la fierté des habitants de Cordoba. Et on comprend très vite pourquoi.

En arrivant on prend une visite guidée en route. En français s'il-vous-plaît ! Devant un groupe d'une dizaine de francophones, la guide délaisse son anglais pour ressortir ses connaissances en langue de Molière. Elle s'excuse au moins 10 fois pour son français. Suite à quoi on lui repond tous que s'il l'on pouvait s'exprimer en espagnol comme elle en français on serait tous très contents !
Théologie, philosophie, calligraphie, cartographie...
La visite est riche. La cathédrale adjacente, la salle de cartes américaines, la bibliothèque avec la bible en 10 tomes et 7 langues...
La fierté est réellement palpable. Pour prendre conscience de l'importance de ce lieu, on s'attarde longuement sur la fondation de l'ordre jésuite dans la ville et la construction de cette enceinte ainsi que son impact à travers la région, le pays, l'Amérique du Sud.

Rappelez-vous, Cordoba est situé en plein milieu de l'Argentine. Lieu stratégique pour rayonner facilement d'une région à l'autre, de l'Equateur à l'Atlantique, de la pointe sud au Brésil.
Des estancias, des lieux d'apprentissage et de culture, des cathédrales. Tout ou presque de l'ordre est à mettre en parallèle pour mieux comprendre l'histoire de la région.Si l'ordre a beaucoup œuvré pour la population à partir du début du XVIIe siècle pour l'accès à la connaissance cela lui a surtout permis ainsi d'habillement diffuser sa doctrine. Faut pas croire que tout est désintéressé !
Néanmoins ils sont à l'origine de la première université d'Argentine, la seconde d'Amérique latine, la quatrième du Nouveau Monde, qui a encore l'impact qu'on lui connaît aujourd'hui et qui a fourni nombre de présidents à l'Argentine. Avant que le Pape ne voit pas cela d'un très bon œil et interdise et dissout l'organisation fin XVIIIe (à creuser sur wiki)

 

L'accès au savoir

A l'époque, malgré une instruction gratuite, l'accès à la connaissance était réservée à une élite qui elle seule pouvait prendre en charge tous les coûts adjacents à une scolarité. Logement, vie quotidienne...
Les noirs et certaines sous-classes selon leurs origines n'avaient tout de même pas le droit d'aller s'assoir sur les bancs de la fac. Faut pas pousser l'ouverture d'esprit trop loin...
En 2017, finies les frontières, les castes. La fac est toujours gratuite ainsi que le transport dans toute la région pour les étudiants. Les bourses sont monnaie courante, les cités universitaires nombreuses, un repas sur le campus coûte 45 centimes d'euros. On ne dit pas que c'est facile pour autant. On dit juste que les conditions sont optimales et que tout le monde a sa chance. Toi étranger, argentin d'ici ou d'ailleurs, noir, juif, blond... Tu as ta place ici.
Ça donnerait presque envie de reprendre ses études ! D'autant que le cadre est somptueux, les bâtiments historiques proposent un lieu de travail pour le moins original et accueillant.

 

Et un grand écart, un !

Pour terminer cette journée pour le moins très ensoleillée, direction Alta Gracia, ville située à 45 min de bus de Cordoba.
On en a jamais assez du bus, on en fait pour le plaisir !

La ville a deux points forts.
Le premier, une estancia, jésuite encore. Couvrant d'énormes territoires autour de la ville de Cordoba, ces fermes permettaient de financer l'université de la ville. Pour mieux comprendre, les jésuites devaient avoir une profession et une thèse (en théologie à l'époque, en n'importe quoi désormais), les estancias étaient autant d'occasions d'apprendre, se professionnaliser mais également transmettre le savoir au peuple et d'évangéliser leurs esclaves noirs et indiens, de mettre dans le "droit chemin" les indigènes.
Organisées, ingénieuses (ils sont à l'origine des premiers WC à eau courante et à gosse d'évacuation), ces estancias étaient de vraies villes tournées vers la terre, la culture et les métiers manuels.

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Celle que nous visitons, l'estancia d'Alta Gracia (Casa del Virrey Liniers) est déserte à notre arrivée. En voilà une bonne nouvelle !
Nous pouvons ainsi errer de pièce en pièce avec, comble du comble, des plaquettes explicatives en français (enfin Gaby si tu pouvais relire leurs informations en plus de notre site pour corriger les fautes, ça les aiderait grandement !).
On y passe une bonne heure même si l'histoire du lieu est rapidement axée sur les dix propriétaires qui se sont succédés après que les jésuites aient été dépossédés des murs.
Beau bâtiment, bien préservé, frais. La visite idéale par 30 degrés !

 

Hasta la victoria

Assez parlé de Jésus. Direction la maison du Che.
On vous parlait de grand écart, si ça n'en est pas un ça !

Deuxième point fort donc. La ville d'Alta Gracia est aussi connue pour avoir transformé en 2001 la maison d'enfance du Che en musée de 13 pièces. De nombreuses photos, l'occasion de mieux comprendre la genèse d'une vocation, la fomentation d'un caractère.
Bien qu'instructive, cette maison est avare en explications concernant les raisons politiques et l'engagement pris auprès de Castro. Trop superficiel, on reste un peu sur notre faim.
L'occasion pour nous d'ouvrir une liste des sujets à creuser. Depuis le temps qu'on dit qu'on doit le faire. Six mois au moins !
Vidéos, films, livres, la liste est longue mais la frustration au sortir de ce genre de visite est trop importante. Il va falloir aller bosser nos sujets désormais !

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Simple formalité

1h de route et nous revoilà à Cordoba. Le temps de poster un ou deux articles sur le site web, de faire le premier appel vidéo made in Normandy avec le padre et mère-grand (Giovanni ce geek, passé au 2.0 mode iPhone pour réduire les kilomètres qui nous séparent. Chapeau !). Nous prenons désormais la route pour atteindre notre dernière étape nord Argentine. 10h de bus pour rejoindre Buenos Aires pour 24h avant de sauter dans un avion direction Ushuaia.
10h, au regard des 3 fois 24h que nous avons déjà passées ne sont qu'une formalité. En théorie.
Car en pratique on se tape une famille Groseille argentine juste derrière nous. Une mère, 3 enfants, 2 sièges.
On ne sait toujours pas dire qui des rejetons ou de la mère dont les plus insupportables.
Dix heures. 600 minutes. 36000 secondes...

Publié le 23/04/2017

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