Project Description

  #Torres#W#Glacier#Camping#90km  

Nous arrivons d'Ushuaia à Puerto Natales au Chili. Nouveau passage de frontière, assez rapide cette fois bien que très frais. La Patagonie...

 

La ville de Puerto Natales, 20 000 habitants, n'a aucun intérêt en soit. Bien que plus jolie qu'Ushuaia, cette ville n'a pour seul intérêt qu'être la porte du parc national de Torres del Paine, haut lieu de randonnée qui attire des marcheurs des quatre coins du monde. Dont nous.

 

Oui, non, pourquoi pas

Plusieurs possibilités s'offrent à nous. Faire des randonnées à la journée, faire le chemin appelé "W" en 4, 5 ou 6 jours. Dormir en refuge. Dormir en tente. Dormir en camping payant avec douche chaude et cuisine ou en gratuit sans douche ni pièce fermée.
On change d'avis à peu près 17 fois au gré des informations.
Une fois l'ensemble des sources consultées, on prend le temps de se poser pour décider. On fait aussi les comptes. Les nuits en refuge coûtent un bras et les randonnées à la journée en faisant l'aller-retour depuis la ville aussi.

On décide finalement de faire le chemin "W" en 4 jours, 3 nuits, 2 gratuites, 1 payante, gros sacs à dos avec tente, réchaud, matelas, duvets sur le dos.
On ne l'a jamais fait. C'est l'occasion d'une première fois, en Patagonie. Histoire d'avoir les pires conditions pour commencer une nouvelle expérience...

 

Paquetage, mission commando activée

Location :
- 1 tente
- 2 matelas
- 1 réchaud et une gamelle
- 2 paires de bâtons de randonnée

 

Achat :
- 1 bouteille de gaz
- des vivres pour 3 nuits/4 jours

 

On fait au plus léger pour ne pas trop se charger.
Des soupes de féculents déshydratées pour le soir.
Du pain et de la protéine animale le midi.
Des flocons d'avoine et du lait déshydraté pour le matin.
Des barres de céréales, des cacahuètes, des fruits secs et des gâteaux pour les coups de mou de la journée.

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Reste à faire rentrer le tout dans nos 2 sacs à dos. Les gros cette fois. Pas ceux que l'on prend habituellement pour nos longues marches à la journée.
Cela demande une toute autre organisation, prévoir également les vêtements de jour, de nuit, de rechange...
On laisse tout le reste chez notre hôte Airbnb que l'on retrouvera après ces 4 jours.

Reste à faire promettre à Géna de ne pas râler pendant cette expérience camping qui ne la ravit guère...

   

Jour 1

Le réveil sonne. Dernier petit-déjeuner au chaud, dernière douche et on file prendre le bus.
2h de bus sont nécessaires pour rejoindre l'entrée du parc, s'enregistrer puis prendre un catamaran qui nous emmène à l'autre bout du parc pour démarrer notre programme de 90km sur 4 jours.

 

La chance du débutant

L'idée est simple. Monter la tente rapidement pour avoir l'après-midi et monter en haut de la première branche du "W" qui nous mène au Glacier Grey.
Premier camping, payant, où il faut s'enregistrer, trouver un endroit où piquer notre maison portative et filer. La chose est faite en 20 minutes. Efficaces !
On cadenasse nos sacs à l'intérieur et on commence la grimpette.

Il fait beau, les paysages promettent d'être somptueux surtout quand au bout d'1h30 on aperçoit au loin l'objet du désir, le glacier. Impressionnant !!
Premiers icebergs. Première mer de glace, sur des kilomètres. Bleu, blanc, soleil. On court après le temps car il nous faut rejoindre le mirador du glacier et revenir et ce avant la nuit.
1h passe pendant laquelle on ne voit plus la glace, 1h où l'on marche à vive allure pour toucher du but notre objectif du jour.
Sur la fin on hésite à poursuivre. Va-t-on avoir suffisamment de temps ? On tergiverse, on prend le temps de réfléchir, on décide de rebrousser chemin pour finalement changer d'avis et aller jusqu'au mirador. Les bâtons nous aident à marcher plus rapidement, à gagner en fluidité. Et heureusement !!
Le paysage est à couper le souffle.
Première mer de glace pour toutes 2. Quel spectacle !

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Des cailloux dans les poches pour ne pas s'envoler

Quand au sortir d'une dernière forêt on découvre la glace et le vent qui va avec. Vent ? Bourrasques, tempête, rafales, vent à décorner les bœufs.
Impossible de tenir debout, impossible de prendre une photo droite, nette. On en rit désormais mais sur le moment c'était vraiment fou.
L'heure tourne et il est temps de prendre le chemin du retour. Il ne nous faut pas trainer. 2h de retour avant de finir les derniers kilomètres sous la pluie. La première averse d'une longue série. On voyait bien les nuages gris et l'ondée au loin, au-dessus du glacier. On lui tourne le dos pour rentrer, on voit bien que cela nous rattrape et on force le pas. Mais cela ne suffit pas.

Une douche chaude en rentrant est la bienvenue. De même que la soupe dans le réfectoire commun avec tous les autres campeurs. L'occasion de papoter avec 2 jeunes anglaises déjà rencontrées en ville avant de partir et croisées juste avant le glacier lorsque nous rentrions.
En leur demandant si elles ont aimé le spectacle, on ne comprend pas leur mine déconfite tout de suite.
Elles nous expliquent ensuite que le ranger, sorte de Chuck Norris chilien, les a empêchées d'aller le voir car après 16h il bloque la route, anticipant le chemin retour et le temps qu'il faut pour le parcourir.
A 5 minutes du but elles se sont vues refuser le passage. 5 minutes. Quand on sait l'impression que nous a fait le glacier, on comprend leur déception...

Notre soupe nous tient au ventre et nous fait grand bien tant l'humidité s'est installée. On hallucine de certains repas. Certains se mettent bien, cuisinent, se font un vrai repas. Première nuit où il n'a pas été nécessaire de porter le sac et donc prévoir un menu sophistiqué ou simple différence de priorité ? Poids vs gourmandise !?
D'autres se font des repas de marathoniens. Des sachets surprotéinés à dix euros pièce où il suffit de rajouter de l'eau chaude pour que le tout soit prêt.
On se demande alors, notre soupe et nous, si on fait le bon choix...

   

Jour 2

Après une première nuit passée sous des trombes d'eau, on démonte la tente le temps d'une accalmie aux premières lueurs du jour pendant que le petit-dej chauffe.
Beaucoup moins drôle que le montage de jour et au sec bizarrement...
Nous qui avions prévu de partir dès le lever du jour, nous accusons un retard d'au moins une heure sur notre planning lorsque nous "chaussons" nos gros sac à dos. Il est 9h30, la luminosité n'est pas géniale, il pleut encore des cordes.
Premier départ. Un faux départ. 100m puis demi-tour.

 

On fait quoi là ?

On le savait, la limite de notre équipement c'est la pluie. Nos chaussures de randonnée ne sont pas imperméables, nos tenues à peine et promettent de passer une nuit humide. La météo annoncée ce jour n'est guère encourageante alors la question se pose de continuer ou pas.
On tergiverse. On n'aime pas abandonner. On n'aime pas non plus passer 3 jours humides à se geler.
Pas sûre que Géna réussisse à ne pas râler...
Décision est prise, on va de l'avant, le legging en moins. On aura froid, ou pas, mais au moins on aura une tenue sèche en arrivant au prochain camping.
Finalement on affronte que 30 min de pluie puis plus rien.

 

Les 4 saisons

Arrivées au camping Italiano, on se dépêche de monter la tente afin de filer à la vallée Francés et au mirador Britanico. Quelques personnes nous ont vivement conseillé d'y aller car pour elles c'est la plus belle partie du parc. Et effectivement on le constate par nous-mêmes. En plus nous avons la chance d'y être à l'automne (saison inversée par rapport à la France), donc nous avons devant nous une palette de couleurs digne de l'été indien. C'est incroyable. En plus pour le moment la météo est avec nous.
La montée vers le mirador Britanico se fait donc sans que l'on s'en aperçoive. Enfin presque car ça tire quand même dans les pattes. Mais que cela vaut la peine de se forcer un peu car une fois au mirador le paysage est de toute beauté même s'il faut être patientes et ne pas faire demi-tour de suite. Les montagnes disparaissent au gré des conditions climatiques, elles jouent à cache-cache avec les nuages. Et oui les caprices de la météo ! En l'espace de 30 min nous avons droit 1. au soleil, 2. aux nuages, 3. à la pluie et 4. à la neige. La légende des 4 saisons n'en est pas une. Nous le vivons en direct live. Pas si fun que cela mais pas le choix non plus. Mais cela ne nous empêche pas de profiter du spectacle.

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Après être restées une demi-heure au mirador, nous entamons notre descente. Hélas la pluie gagne du terrain et c'est sous une forte averse que nous finissons notre randonnée du jour. On arrive toutes mouillées et on a froid, très froid. L'inconvénient majeur est qu'il n'y a pas de douches pour se réchauffer en arrivant, camping gratuit oblige. Le deuxième inconvénient est qu'il nous est impossible de faire sécher nos vêtements car il n'y a pas non plus d'espace couvert. Juste une petite cahutte en bois pour faire chauffer le dîner.
Opération soupe avec des petites pâtes en marche pour espérer se réchauffer un peu avant d'aller clubber, eh non dormir dans notre tente humide, froide avec des matelas durs comme des cailloux. Ambiance ce soir. Heureusement on en plaisante avec les autres randonneurs, car mieux vaut en rire. Le froid ce n'est pas drôle, la pluie qui ne s'arrête pas non plus.
Pour se réconforter un peu, une petite douceur. On a bien crapahuté et on a besoin de force pour demain car une longue journée nous attend. C'est en entendant la pluie que nous nous endormons.... Enfin dans la mesure du possible car on est gelées et on a mal au dos.

   

Jour 3

Réveil très matinal car nous avons décidé de partir avant 8h. Mais nous sommes retardées par une petite surprise.

 

Une souris verte

On ne sait pas de quelle couleur est la (ou les) souris qui est venue goûter à notre stock de bouffe pendant la nuit. Mais une chose est sûre, elle adore le sucré car elle n'a pas touché au salé. Donc nos paquets de gâteaux ont été entamés, quelques barres de céréales et des raisins secs grignotés. Elle a fait une tentative sur le pain mais apparemment il n'était pas à son goût. Par contre, avoine, charcuterie et nos soupes sont intactes. Ouf on ne mourra pas de faim.
C'est pas faute d'avoir été prévenues qu'il fallait accrocher toute sa nourriture aux arbres. Mais comme la veille rien ne s'était produit, on a réitéré notre bêtise. Mais à ce jeu, la souris a gagné.
Le plus surprenant est que toute la nourriture était dans le sac à dos de Géna, enveloppée dans des sacs plastiques. Mais toutes ces barrières n'ont pas arrêté dame souris qui a aussi grignoté à 4 endroits le sac à dos de Géna.
Souris 4 - Géna 0
De retour en France, la sac à dos ira faire un petit séjour dans le Poitou pour que Monique comble les trous
Petit message personnel à Monique : préparez la trousse de couture

 

Le jour le plus long

Aujourd'hui c'est la journée la plus dure et la plus longue. On ne sait pas si on arrivera jusqu'au bout car sur le papier 10h30 de marche sont annoncées. C'est notre challenge. Et pas le choix d'y arriver car notre camping pour la nuit est tout en haut.

Heureusement nos affaires sont sèches et le soleil est au RDV. Ça fait du bien au moral et ça réchauffe.
Pour gagner du temps nous ne prenons pas de petits-déjeuners, des barres de céréales avalées en marchant feront l'affaire. On ne veut surtout pas perdre une minute pour se donner toutes les chances.

C'est donc avec nos gros sacs à dos que nous partons, frontales sur la tête car le jour n'est pas encore totalement levé. L'avantage est que nous n'avons pas à porter de l'eau pour la journée car l'eau des torrents du parc est potable. Cela allège grandement les sacs. 2 kg en moins sur le dos.
La première partie est assez plate tant mieux, petit échauffement avant d'attaquer le plus dur. Au premier Check-point, on a plus d'une heure d'avance sur l'itinéraire. Pourvu que cela dure.
On continue sur le même rythme tout en faisant quelques pauses photo car il faut bien capturer le moment, la magie du décor... et surtout rendre jaloux nos lectrices et lecteurs.

Pour rejoindre le chemin Torres, nous empruntons un raccourci. Et quel raccourci ! On ne s'attendait pas du tout à cela. Ca grimpe tout le temps et pendant plus d'une heure. Petit pas après petit pas, nous progressons. Mais les jambes sont mises à rude épreuve. On s'encourage un peu mais on préfère garder notre souffle pour grimper, grimper, grimper. Nous ne le savons pas mais c'est heureusement pour nous la partie la plus difficile pour rejoindre notre camping.
Le reste de la randonnée est plutôt plate (surtout en comparaison de ce que nous venons de faire). Et c'est vers 16h que nous arrivons au camping gratuit (et oui cela signifie toujours pas de douche, vive les lingettes).
En tout nous aurons marché 7h au lieu de 10h30 prévues. Nous ne comptons pas les pauses photo, boissons, pique-nique.

Le camping est plutôt bien agencé avec des emplacements plats pour les tentes à l'abri du vent. Tout est plus propre qu'au camping précédent (toilettes, emplacement pour cuisiner). Nous demandons quand même conseil au ranger afin de choisir un des meilleurs emplacements. Comme depuis 2 jours, nous répétons les mêmes gestes pour monter la tente.

 

Torres nous voilà

Comme il est tôt et que le soleil est au RDV, nous décidons de filer voir les "Torres". Pas un nuage en vue, ce qui est assez rare pour être souligné et comme tout le monde nous a dit que si le temps est dégagé, il faut en profiter pour aller voir les "Torres", on fonce. Enfin pas exactement car la montée est difficile surtout après la journée dans les pattes. En plus le fait de s'arrêter pour monter la tente nous a un peu coupé les jambes. Mais n'écoutant que notre courage, nous y allons. C'est donc à coup de barre de céréales, Snickers et cacahuètes que Géna se dope pour réussir à grimper. 45 minutes annoncées pour arriver en haut, pour une fois c'est également le temps que nous mettons. D'habitude nous sommes toujours plus rapide mais après 7h de marche avec les sacs sur le dos, on est moins fraîches et cela se sent. Et impossible de s'arrêter avant, les "Torres" ne sont visibles que d'en haut.
Nos efforts sont une nouvelle fois récompensés par une vue magnifique sur les Torres et sur le lac qui se cache au pied de cette montagne. Toujours aucun nuage en vue mais un vent de gueux. Ça fait partie du jeu. Mais au moins on aura vu ces fameuses tours qui ne sont finalement que des montagnes aux formes originales, celles de tours.

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Retour plus rapide car on aime bien quand ça descend. Une bonne soupe avec du riz, quelques biscuits, des discussions avec des francophones et des anglophones et hop direction le lit, enfin les matelas. Car demain réveil à 6h30, nous allons voir le lever du soleil sur les tours. Ca veut donc dire refaire les 45 min de montée dans les cailloux, à la frontale cette fois.
   

Jour 4

Fainéantes ou prudentes ?

Le réveil sonne à 6h30 mais comme il a plu et un peu neigé toute la nuit, nous décidons de ne pas nous lever pour aller voir le lever de soleil. D'ailleurs il n'y a pas de lever de soleil, c'est la brume qui a pris sa place dixit les courageux qui sont montés. Donc aucun regret.

C'est notre dernier jour au parc et nous visons le bus de 14h30 pour rentrer à Puerto Natales. Donc vers 10h, après un petit-déjeuner et le traditionnel démontage de tente, nous commençons notre retour doucement jusqu'au camping du bas. Initialement nous avions prévu de prendre la navette pour nous déposer à l'entrée du parc mais comme nous sommes plus tôt que prévu nous décidons de marcher les 7km supplémentaires jusqu'à l'entrée du parc où nous attend le bus. C'est 3000 pesos par personne d'économisés, ça sent bon l'apéro !

 

Retour à la civilisation

Après 1h30 de bus, nous arrivons à Puerto Natales. Et une fois descendues, nous n'avons qu'une seule chose en tête, une douche chaude pour retrouver forme humaine. Et oui le bonheur ne tient parfois à pas grand chose.
Une petite lessive plus tard et nous partons rendre tout le matériel loué. Bâtons par-ci, tente par-là... et quelques courses car demain à l'aube nous avons un autre bus pour El Calafate, notre prochaine étape.
En revenant des courses nous croisons les francophones (1 chilien vivant en suisse, 2 françaises et un belge) rencontrés lors du trek et décidons de nous donner RDV pour une soirée francophone. Burger, frites, bière locale et Pisco Sour pour arroser cette victoire du "W". Ca fait du bien de manger de la vraie nourriture et de boire un peu pour récupérer des efforts.

   

Bilan

L'heure est au bilan. Et on va être honnêtes.
1. Le trekking c'est mieux sans la pluie et avec de vrais matelas,
2. On a eu moins froid que prévu (on a cumulé les couches, surtout la nuit),
3. Les paysages sont à couper le souffle et très variés, il n'y a rien de répétitif dans les randonnées,
4. Cela nous a donné envie de faire d'autres treks sur plusieurs jours,
5. Pas de douleurs, juste une mini-chute ou plutôt glissade (devinez de qui...),
6. N'hésitez pas à faire le W si vous passez par Torres del Paine.

Publié le 27/04/2017

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