Project Description

#Emeishan#Mont Emei #Sichuan#47km

2h à tergiverser sur le parcours à suivre sur cette montagne sacrée. 2h à poser sur le papier de savants calculs chinois en suivant les indications du plan. Flan gauche, flan droit, monter en bus, monter à pied, redescendre en bus, tout faire à pied... Mille questions, autant d'hypothèses de réponses. Pour bien faire il aurait fallu 3 jours pour tout parcourir à pieds et apercevoir un lever de soleil au sommet. D'une part nous ne sommes pas sûres de tenir 3 jours à raison de 8h de marches minimum, d'autre part nos jours en Chine sont comptés. Il ne nous reste donc que 2 jours pour profiter pleinement de cet endroit. Tout faire à pied reviendrait à grimper 11h le premier jour, 10 le second, dans le meilleur des cas. Nous ne nous en sentons pas capables. Et l'unique raison valable de s'infliger cela serait pour observer le lever du soleil d'en haut. Au vue de nos expériences embrumées de ces dernières semaines et compte tenu de la pollution ambiante, on se demande si le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Ne présumant pas de nos forces et gardant en tête qu'un tour du monde de 10 mois, c'est une course de fond et non un 100m, nous choisissons la solution suivante. Monter par le premier bus à 7h au quasi sommet, puisqu'il nous restera tout de même 1h30 de grimpette, profiter de la vue d'en haut si vue il y a, redescendre un tiers du chemin, dormir dans un monastère, finir les 2 tiers le lendemain. Cette option devrait nous éviter de marcher comme des cow-boys pendant une semaine et nous permettre néanmoins de profiter de la majeure partie des points de vue qu'offre ce lieu. Le tout en s'épargnant les hordes de touristes. Que demande le peuple !

Nous voilà donc à 6h45 dans le bus attendant patiemment son départ. Nous sommes en compagnie de 37 chinois, excités comme des puces, hurlant déjà dans le véhicule. De notre côté, nous tentons calmement de terminer notre nuit pendant les 1h45 de montée, afin de prendre quelques forces et faire abstraction de toutes ces voix. Tv inclus, téléphone, conversation compris. Lâchées à ce que nous aimons appeler le quasi sommet, nous parcourons les derniers kilomètres par les marches et non par le téléphérique, option choisie par 99% des touristes. 2 irréductibles chinois choisissent eux la voie la plus dure, celle des fessiers endurcis. Ils sont nos compagnons de route durant cette montée. Voyant en nous l'occasion de pratiquer son anglais, le mari nous présente rapidement sa femme, étrange mélange entre Davina de "Véronique et Davina" et d'un cliché américain. Leggings en skai, lunettes de star, fond de teint de 2 cm d'épaisseur et baskets à talons. Le parfait contraste avec son simplissime mari.

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Premier vrai contact avec l'autochtone, disons de plus de 3 minutes et ne se soldant pas par un échec, nous voyons en lui (elle ne parle pas un mot d'anglais) l'occasion d'en apprendre davantage sur les us et coutumes locales. Le décalage de la langue n'aidant pas, cela donne parfois lieu à de sérieux malentendus, néanmoins nous apprenons qu'il vient de Panzhihua à 14h de bus d'Emeishan (voyage avec un groupe de 13 amis), qu'il est ingénieur civil dans une société d'électricité, qu'il va perdre son emploi l'an prochain car cette dernière va fermer, que son fils qu'il a visité pendant un mois en mai vit à NY et gagne 62000 dollars par an, qu'il gagnera autour de 700 euros à la retraite et que pour eux le thé, bien qu'à un prix élevé, n'est pas exorbitant. A son tour il nous questionne sur notre travail, la retraite... Cette montée est régulièrement ponctuée de séances photos, en groupe, les uns après les autres, auxquelles nous nous plions cordialement, esquivant les toutes dernières souhaitant atteindre le sommet avant 2019. Une fois en haut, difficile de les attendre, leur objectif étant de faire le plus de photos possibles avant de rejoindre en bas leur groupe pour déjeuner. Visite éclair. A la chinoise. Nous décidons donc de séparer nos chemins à cet endroit afin de vaquer à nos occupations mais c'est sans compter sur une information précieuse. La coutume veut qu'une fois au sommet, l'on fasse 3 fois le tour dans le sens des aiguilles d'une montre du Bouddha géant en or ici présent . Notre accompagnateur souhaite faire ces tours en notre compagnie afin que cela nous apporte chance et bonheur. Nous nous prêtons volontiers à l'exercice avant de nous quitter. L'impression d'avoir vécu quelque chose de particulier et d'avoir enfin partagé quelque chose. Nous partons donc en visite le cœur léger et le sourire aux lèvres.

La visite vaut le détour, il aurait été dommage d'esquiver ce point pour une raison de timing. En trichant un peu, le bus nous permet de voir cela et ça vaut le détour.

A 3100 m, nous passons l'épais manteau nuageux pour n'avoir à l'horizon qu'un ciel bleu et un soleil très présent. Magie de l'altitude, nous voilà face à une mer de nuages qui nous laisse apercevoir de-ci de-là un sommet ou un temple comme perçant le plafond blanc épais. Nous contemplons l'horizon un long moment, faisons une dernière fois le tour de Bouddha avant d'entreprendre ce qui sera nos 2 jours de descente. Le hasard faisant parfois bien les choses, nous retrouvons nos co-randonneurs de l'aller en bas du quasi sommet. Ils nous mettent sur le bon chemin pour poursuivre notre trajet. Parlant chinois, ils ont beaucoup plus rapidement que nous les bonnes indications. L'occasion pour nous d'offrir au mari (la femme étant partie plus loin faire quelques selfies supplémentaires) la première de nos 10 Tours Eiffel.

10 porte-clés amenés de Paris à offrir dans chacun des 10 pays visités à une personne qui par sa gentillesse, son sourire, sa présence, aura su faire la différence à nos yeux. En Chine, nous n'avions pas, à ce jour, eu l'embarras du choix, mais d'un commun accord il nous a semblé que lui, avait su redorer le blason chinois de par sa sincère amabilité. Et comme ils ont dans l'envie de visiter la France, cela permet de les faire patienter un peu.


"Descente versus montée = mal aux mollets dans tous les cas"

Nombreux sont ceux qui le montent ce mont, pèlerinage oblige, nous croisons bien plus de monde que sur les autres montagnes. Vous connaissez notre rapport à la religion et au sacré, pour notre part, nous pourrons dire que l'on a descendu le Mont Emei et croyez-nous, pour nos mollets et nos articulations, ce n'est pas rien ! La première partie de notre descente, au soleil, est très sympathique. Puis nous entamons rapidement quelque chose de beaucoup moins drôle, la traversée des nuages et de la brume, autant dire une visibilité quasi nulle, un niveau d'humidité très important, qui se termine même par une pluie fine continue. Il fait sombre, il fait frais, il fait noir... Nous descendons coûte que coûte, arrêtant de nous plaindre lorsque nous commençons à croiser très (trop) régulièrement ces travailleurs qui retapent inlassablement les marches qui nous permettent à nous "pauvres" touristes de continuer à payer pour souffrir. Là où eux font quotidiennement cette "balade" pour un travail de forçat et un salaire de misère. Nous descendons si bien que nous sommes en avance de presque 2h sur notre programme (carte aux indications erronées vs descente rapide). Nous décidons donc de pousser notre chemin jusqu'au prochain monastère pour alléger le programme du lendemain. Haha. La belle idée.


"Arrête de nous embêter Waikiki et retourne dans ton arbre"

Durant cette partie bonus, nous faisons 2 rencontres. Celle des macaques tibétains et celle de la tenancière de l'auberge au sein du monastère. La première, à des années lumières de celle effectuée à Zhangjiajie où les primates étaient petits, mignons et méprisants, est source de bien des tracas. D'une part car les singes ici sont énormes et on vous parle en connaissance de cause car l'un d'entre eux a squatté le sac à dos de Géna à 2 reprises et on peut dire qu'il pèse un bon 20 kg. D'autre part car trop habitués aux touristes stupides qui leur donnent à manger malgré les interdictions omniprésentes, ils voient en nous des supermarchés ambulants. L'énorme machin qui s'accroche au sac a le nez fin. Un fond de bananes séchées (non ce n'est pas de la provocation) sur une poche extérieure et il a vite fait d'adorer Géna. Sauf que leur bouille n'est pas mignonne, qu'ils sont agressifs et grognent, qu'ils ne lâchent rien et que croyez-nous nous on s'en est sorties par une belle frayeur et l'abandon des dites bananes. Nous avons d'ailleurs battu le record de Chine du lancer de sac de bananes pour éloigner le plus longtemps possible notre agresseur. Le temps de fuir.

Le plus drôle, si vous n'avez pas encore assez ri en imaginant cette scène, c'est que l'on croise peu de temps avant notre arrivée au monastère un groupe de chinois effrayés, nous tendant bâtons et pierres et pointant du doigt au loin le groupe de macaques qu'ils venaient de traverser. S'il n'y avait pas eu 4h de remontée à se coltiner pour s'épargner cette nouvelle rencontre, il eut été fort possible que nous déclinions ce nouvel affrontement.

S'armant de courage telle une Indiana Jones chinoise, Fred ouvrit le bal des hostilités, bâton à la main, lançant comme pour se donner du courage un "suis moi ça va aller". Alors le bâton c'est dissuasif, elles font carrément moins les malignes les bestioles même si elles ont l'air tout aussi menaçantes. De toute façon on a plus rien à leur rétrocéder, à part l'une de nous 2. Par contre le dernier de la bande n'ayant pas l'air cool du tout et Géna ne regardant pas où mettre les pieds de peur de quitter l'assaillant potentiel du regard, cela lui vaut une belle chute, la 4ème en 4 semaines. L'occasion d'y laisser un genou et une fesse. Les marches sous la pluie, ça glisse, épisode 2 !


"Donne-leur la 41 aux deux radines, ça leur apprendra "

Après 8h de balade, un temple semblant sortir d'un film d'horreur, entre vagues de brume et tombée de la nuit s'impose enfin sur notre chemin. 16h30. Nous allons enfin rencontrer Sœur sourire, cerbère des lieux. Quelle belle rencontre empreinte d'humanité. C'est beau de se sentir ainsi liées à des congénères. En vrai à ce moment précis, on se sent presque plus proches des singes croisés il y a encore 1h que de cette femme animée par l'argent. Ce que l'on croit naïvement être un lieu de culte et pourquoi pas de partage, d'échange, de convivialité dans le respect des traditions s'avère être une usine à touristes, les délestant au passage de quelques centaines de yuans. On avait lu partout qu'il fallait compter une cinquantaine de yuans par personne la nuit, c'était sans compter sur l'inflation de ces 2 dernières années et sur l'envie très pressante de Sœur Sourire de nous refiler une "chambre" à 140 yuans par personne. Techniquement valable en haute saison souhaitant privilégier les dortoirs aux groupes, irrecevable un 4 novembre pluvieux de basse saison. Après négociation où elle se rend vite compte qu'elle n'aura pas gain de cause, elle cède pour le "dortoir" à 90 yuans par personne. Quand même.
Pourquoi tant de guillemets ? Car un temple on ne s'attend pas à ce que cela soit le Carlton ou le Sheraton, pour sûr, néanmoins, le côté rudimentaire du lieu a comme de quoi vous refroidir en 2s la couenne. L'assistante du cerbère devant nous accompagner jusqu'à notre villégiature, saisit déjà une clé lorsque Sœur Sourire lui baragouine en chinois un truc du genre "non non, donne leur la 41, celle à côté des toilettes, elles vont comprendre les radines". Pour comprendre on comprend !

Pour se rassurer on se dit ensuite que 90 ou 140, même combat, le lieu est vétuste, pas isolé thermiquement et pas entretenu. Néanmoins, prenez un instant pour vous imaginer le tableau suivant : cadenas ouvert et clé gardée par nos hôtes, nous n'avons plus le loisir de fermer à notre guise ce qui nous sert de chambre pour la nuit. Découverte d'une pièce de 15m carré, "planches" en bois de récupération servant de murs sur 2 côtés, aussi isolantes que la feuille de PQ utilisée de l'autre côté de la paroi, vitres sur les 2 autres, l'un côté "jardin", l'autre côté couloir, 4 lits dans cette pièce, draps aux tâches d'humidité servant de plafond, une ampoule sur ce dernier comme lumière si tant est que cela éclaire, une table avec 2 tasses, un thermos en dessous accompagné d'une bassine, faisant office de salle de bain. L'expérience rudimentaire OK. Le bas blesse quand il fait plus froid et humide dedans que dehors, de l'ordre de 10 degrés, qu'il nous faut squatter les couvertures des 3 autres lits vacants en guise de matelas et de couettes, se coucher habillées collées serrées pour espérer pouvoir dormir. Il est 17h. On a 14h devant nous avant de repartir, on vient d'y laisser le double du budget de notre précédente auberge.

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Remarquez on ne peut pas tout avoir, il semble qu'il y ait du Wi-Fi ici ! Impossible de taper le mot de passe de connexion avec des moufles, on avale notre soupe à 18h avant de passer ce qui est la plus longue nuit de notre périple chinois, 11h dans un temple aux confins du Mont Emei.

Réveillées à 6h par nos colocataires au WC et par les cloches et tambours de la prière du matin, nous prenons la route peu après 7h, une fois le jour levé pour la dernière ligne droite. Le temps semble clément aujourd'hui, moins de brume. Nous effectuons 1h30 plus tard notre pause thé dans un autre temple, aux chambres à 50 yuans par personne qui a côté de l'expérience de la veille, ont l'air presque coquettes. Le lieu à surtout l'air plus accueillant et les gens plus chaleureux. Objectives ou pas, nous ne recommandons pas le lieu testé. Le business chinois n'a pas de limites. Notre clémence si. Ayant consciencieusement gardé nos bâtons anti monkey de la veille, ils ne nous servent cette fois à rien car pas une bête à poils à l'horizon, pas même dans la "monkey area" plébiscitée des TC. Nous voilà rassurées et c'est en empruntant un chemin moins courru mais tout aussi sympa que nous terminons notre périple jusqu'à notre auberge.

47km de marches. De marche. Plus de 80 si l'on écoute les pancartes chinoises. Mais ça fait longtemps que l'on arrête de les écouter. Une douche, une bière et un debrief article plus tard, la pluie tombe. Timing parfait.

Le Mont Emei nous ne laissera pas un souvenir sacré mais un sacré souvenir, de marches, de pluie, de singes, de... Mais aussi de sourires, de paysages variés de bambous, palmiers, oiseaux d'un bleu électrique, papillons, soleil, mer de nuages et de selfies chinois !


Mont Emei :
Entrée : 185 yuans
Bus pour rejoindre un point d'entrée : 40 yuans (arrivée et départ)
Ou bus pour monter au sommet : 90 yuans
Nuit monastère : de 50 à 140 yuans par personne

Publié le 06/11/2016

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