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Il y a un an nous étions au premier mois de notre voyage.
10 mois de périple s’offraient alors à nous, géniaux et inoubliables.
10 mois d’aventure dont nous ne soupçonnions pas encore l‘impact.

Cela fait également presque 3 mois désormais que nous sommes rentrées. Les semaines filent, la « vraie vie » reprend son cours.

 

On en parle de la vraie vie ?

On l’avait lu, on nous avait prévenues, le retour ne serait pas simple.
On s’était préparées à cette idée, sans trop en parler, ni trop la redouter puisqu’après tout il était difficile de passer outre. Et dans ces moments-là on se dit surtout que ça n’arrive qu’aux autres.
Mais les autres c’est aussi nous au final.

A peine le temps de profiter du moment de temps mort qui s’offrait à nous à notre retour et de répondre pour la 158ème fois qu’il nous était impossible de dire quel pays, quel endroit on avait préféré pendant ce voyage que le boulot pointait déjà le bout de son nez, voire son énorme groin !

Reprise très rapide pour Fred qui connaissait déjà sa date de retour au taff avant même de partir en voyage, avec 1 mois de répit supplémentaire pour Géna qui au premier CV envoyé décrochait un contrat pour les 10 mois à venir. Presque trop rapide.
Et c’est à ce moment que l’on commence à prendre en pleine face la réalité qui vous rattrape sans crier gare. Car tant que vous êtes en vacances, dans la famille, même si on se fait la remarque que c’est assez étrange d’être là, la reprise du boulot est très concrète et pose les bases du mal du retour.

D’autant qu’avant même de reprendre, il faut reconstruire un chez soi. Poser le sac à dos pour rouvrir des cartons. Avoir un lieu unique où l’on rentre chaque soir. Ne plus avoir à chercher un lit. Ne plus avoir à chercher de nourriture. Ouvrir un placard.
Et c’est la grosse différence. Vous ne cherchez plus, tout est à portée de main, vous ne découvrez plus, tout est prévu. Demain ça sera boulot. Après demain aussi. Et après après-demain…

Après 10 mois de quête et de découvertes, croyez-nous que ça fait quelque peu bizarre !
Alors on entend déjà les gens lire et se dire et bah oui c’est ça la vraie vie, ce n’est pas que des vacances, c’est pas tongs et sac à dos, mojito et soleil à gogo. Faut aller au boulot !

Ou pas.

 

Si ce n’était pas vraiment ça la vraie vie ? En tout cas pas notre « vraie vie ».

Car clairement, déjà avant de partir, les problèmes de RER A (les parisiens compatiront) et le métro avec 70 personnes qui courent et se bousculent pour entrer dans un wagon ne nous vendaient déjà pas du rêve, au retour ça tourne rapidement au cauchemar. Tout comme faire la queue 15 minutes pour acheter une salade et trois clémentines hors de prix sur ses 45 minutes de pause déjeuner.
Car oui on trouve tout cher quand on rentre d’une année loin de la société de consommation. Le prix d’un mojito pour le prix d’un lit en Amérique du sud, le montant d’un ticket de métro pour le prix de deux repas en Chine, une place de ciné pour le budget quotidien de deux personnes en Birmanie… Des exemples comme ça on en a mille. Et même après une bonne dizaine de semaines, ça nous colle encore à la peau.
On n’a pas viré radines mais on consomme différemment, avec appréhension. Et culpabilité. On dépense moins car on a revu nos priorités mais le sujet argent reste un peu compliqué à gérer. Avec cette impression permanente de jeter l’argent par les fenêtres ou de ne pas l’utiliser intelligemment, de consommer pour consommer.

Alors on se questionne sur le fait que cela nous convient, que cette vie d’avant n’est peut-être plus tant faite pour nous, que le manque de nature et grands espaces est peut-être plus pesant qu’on ne l’aurait pensé, que l’exaltation de la découverte est peut-être désormais indispensable. Qu’il est éventuellement temps de trouver un compromis de vie pour se trouver, qu’il faut redéfinir des priorités, trouver une stabilité qui ne résiderait pas dans "métro boulot dodo" mais davantage dans l’adéquation entre ses aspirations, ses envies et son bien-être. Bref faire en sorte d’être bien dans ses baskets quel que soit le moyen ou l’endroit.

 

L’argent, le stress, la sédentarité, l’ennui…

Ça mouline là-haut !
L’ennui est clairement au centre de nos discussions. 8h par jour derrière un ordi. Enfermées. Même décor. Même chemin quotidien pour y aller. Mêmes têtes. Mêmes conversations. Même ennui.
Il nous prend (très) régulièrement l’envie de claquer l’ordinateur et de partir en courant, prendre un bol d’air, un grand bol d’air, comme un aller sans retour. On manque cruellement d’enthousiasme. Et même si Paris regorge de possibilités quant aux distractions, c’est surtout le problème de la ville qui est omniprésent.

Ras le bol du bruit, de la foule, des voitures, du manque d’horizon, de la pollution, du stress.
Besoin d’apercevoir la mer ou la montagne, d’avoir un endroit où aller randonner à portée de pieds, de calme, de découvertes.
Un endroit où on peut aller se dégourdir les jambes après le travail autre qu’un magasin ou un musée hors de prix, un endroit qui sent bon la nature et le chant des oiseaux.
Un lieu qui ne soit pas forcément pour la vie mais juste pour vivre le moment présent.

Vous l’aurez compris, comme une envie d’ailleurs pour ne plus subir.

 

Alors t’as changé ?

Quand on part, on se dit qu’on ne peut pas changer tant que ça. Que l’on peut au mieux s’améliorer, gagner en maturité, en distance sur les choses, en patience, bref tous les aspects bénéfiques d’une expérience telle que ce genre de voyage.
On lit beaucoup de choses à ce sujet et on en fait abstraction. Les autres, ceux qui vous attendent en France, sont presque plus inquiets que nous sur la question.
On ne se doute pas que ce genre d’expérience pourrait venir distendre voire défaire des liens tissés avant de partir.

Au-delà de nouvelles envies que l’on pourrait avoir, on reste persuadées que ces changements n’impacteront pas notre retour.
Alors lorsqu’on nous demandait si nous avions changé, on répondait spontanément non. Que l’on était juste ravies du voyage, surfant sur une bonne dynamique mais hélas déjà dans le bain du retour donc, non, de toute évidence, nous n’avions pas changé.
En vrai nous n’avions pas encore eu le temps de faire un bilan, ou tout du moins il ne s’était pas encore imposé comme tel. Puis, sournoisement, au fil des semaines, on s’est rendues compte que quelque chose chez nous était différent. En bien évidement !

On ne supporte plus certaines choses, certains comportements. La ville et ses inconvénients et surtout le bruit si l’on ne devait citer que cela. Et même si on a gagné en recul, en prise sur soi, en gestion du stress, que l’on relativise énormément et bien plus qu’avant, à l’inverse notre seuil de tolérance envers les gens s’est considérablement amoindri. Il est inversement proportionnel à la forte croissance de notre patience et de la distance que l’on met par rapport aux choses. Et aux humains.
Davantage centrées sur nous-même, en priorisant nos envies et notre bien-être, en arrêtant de nous forcer ou tout du moins de nous sentir obligées. La dernière des choses dont on ait envie c’est de s’encombrer. L’esprit. Les mains. De gens. De choses.
Forcément ça fait du tri voire du vide !

Il faut en apercevoir les limites et les risques, ne pas se refermer mais aussi en voir l’aspect positif. Davantage de qualitatif que de quantitatif. Plus de temps libre pour de véritables envies. Du temps pour soi et pour aussi ne rien faire même si ce n’est pas forcément évident après 10 mois sur les routes. S’écouter soi avant les autres, être égoïste sans pour autant négliger les gens auxquels on tient. Vaste affaire.
Difficile d’échanger à ce sujet avec les autres. Difficile pour les autres de comprendre ce qui se passe dans nos têtes. On en parle peu. Voire jamais.

On ne peut résumer un voyage en une heure autour d’un verre et ce ressenti est difficilement explicable. Entre ceux qui pensent qu’il nous serait peut-être temps d’arrêter de rêver et de se remettre dans le bain et ceux pour qui Paris est une fin en soi, le dialogue est compliqué.
D’autant plus si la communication s’est distendue durant les mois d’absence.
Quand on a partagé, même de loin, au travers du blog ou du téléphone nos galères, nos joies, nos envies, notre périple, le lien est resté et l’échange au sujet du retour est beaucoup plus simple. Les relations sont plus aisées, plus fluides. Pour ceux qui sont passés à côté de notre aventure et de ce fait nous de leur quotidien, difficile d’en parler et d’échanger à propos de notre ressenti, difficile de reprendre là où on s’était arrêté comme si de rien. Il faudra sûrement du temps. Il faudra nécessairement de l’envie.
Quelque chose a changé et ça vient de nous.

 

Et le moral dans tout ça ?

Couci-couça. Les montagnes russes émotionnelles parfois et l’envie de tout plaquer pour aller élever des chèvres dans le Larzac souvent.
Le besoin irrépressible d’avoir un projet qui nous tienne en haleine. On ne parle pas d’un week-end à Copenhague là. On parle d’un vrai truc, un changement, quelque chose qui nous refile le sourire, l’envie d’aller de l’avant.
Le voyage on l’a préparé pendant plus d’un an, donc en tout cela fait 2 ans à fond les ballons autour d’un projet commun. Forcément quand ça s’arrête, ça fait bizarre, ça fait vide, ça plombe net et ce n’est pas la joie qui nous anime spontanément.

 

Et demain ?

Les possibilités sont nombreuses. Il va s’agir d’acter. Rapidement.
On pourrait envisager un sondage pour nous aider à décider !
Si vous prenez le temps de lire des blogs, vous verrez que beaucoup ont changé de vie après un tel voyage.
Pas forcément du tout au tout mais souvent en pensant davantage à leurs envies et leur bien-être, en conciliant vie professionnelle et accomplissement personnel, en revoyant leurs priorités, en essayant tout simplement de trouver leur voie et non plus subir un quotidien.

 

Alors pour notre phase de réflexion, nous ça serait plutôt, traverser l’Europe dans un van, partir du Sri Lanka pour finir aux Annapurna, parcourir le continent africain que l’on a négligé pendant ce tour du monde, aller vivre à la Réunion, en Nouvelle-Calédonie ou sur la côte Atlantique.
Et pourquoi pas tout ça à la fois. Oui pourquoi pas ?



  Publié le 06/11/201769

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